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Août 2009

Jason Kenney, droit au but

Invité à un iftar organisé par le Congrès Maghrébin du Québec, le ministre de l’Immigration du Canada a répondu clairement à des questions qui ne l’étaient pas moins

Jason Kenney, droit au but
Jason Kenney, ministre de l'immigration, et Monsef Derradji, président du CMQ (ph alfa)

Tout ce qui rentre fait ventre. Au restaurant Le Ryad, qui est devenu celui de la communauté maghrébine, il y avait du beau monde pour la circonstance. Le Congrès Maghrébin du Québec (CMQ) avait fait fort. Pour sa première sortie depuis sa création en juin dernier, il n’a pas chômé. Beaucoup l’attendaient au tournant : encore une coquille vide, une association-canapé dont le total des membres peut tenir sur un sofa. Jason Kenney, c’est une grosse pointure du gouvernement Harper, celui qui a en charge l’un des ministères les plus importants, rien de moins que celui de l’Immigration, de la citoyenneté et du multiculturalisme. Chaque année, le Canada ouvre la porte à 250 000 immigrants. Un chiffre considérable, voire énorme. Les Maghrébins, au Québec, sont aux alentours de 7 000 à s’installer chaque année dans La Belle Province. Ceux qui choisissent de s’installer ailleurs qu’à Montréal ne sont pas très nombreux. Les Maghrébins parlent le français. De ce fait, c’est une plus-value nette pour le Québec. Le seul problème – et c’est là que le bat blesse – c’est que l’accès à l’emploi est difficile. Le chiffre de 30% de chômeurs dans la communauté a été dénoncé comme un vrai scandale. Des diplômés de l’université ont été obligés de faire de la plonge, de conduire un taxi, de couper des macaronis dans des fabriques où ils étaient payés au SMIG. Chaque année, les associations maghrébines ont posé la question de savoir pourquoi le gouvernement, tant fédéral que provincial, ne parvenait pas à régler cette question qui s’apparente encore à la quadrature du cercle. Au programme de la conférence, deux sujets : l’équivalence des diplômes et le parrainage des parents ainsi que l’attribution des visas à ces derniers. Deux sujets brulants, que les Maghrébins ressentent souvent avec colère, s’estimant victimes de discriminations. Ces deux questions sont récurrentes. Pourquoi deux poids, deux mesures a résumé Abdelghani Dadès, éditeur du bi-mensuel Atlas-Mtl, très au fait de toutes les questions qui touchent à ces épineux sujets car il est également le représentant, pour le Canada, du Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger. Pour illustrer son propos, Abdelghani Dadès a rappelé que les gouvernements québécois et français avaient réussi à surmonter la difficulté et qu’un «plombier français restait un plombier au Québec». Pourquoi alors ne pas faire de même avec les Maghrébins? Jason Kenney a reconnu qu’au Canada, dans ce domaine, ce sont les Ordres Professionnels qui décident. Ce sont eux qui déterminent à quelles conditions un immigrant peut ou ne peut pas trouver du travail dans son domaine, les conditions de mise à niveau, les voies et moyens auxquels l’immigrant devra se plier avant de redevenir ce qu’il était : médecin, avocat, architecte. Une question douloureuse qui renvoie à d’innombrables drames, parfois des tragédies. L’Eldorado rêvé se transforme en cauchemar, le rêve américain en bagne où l’on se casse le nez contre des obstacles tendus mur à mur comme un fait exprès dans un pays qui souffre d’une pénurie de médecins dramatique et qui, malgré ses efforts à répétition, n’a jamais réussi à régler la question de la file dans les urgences.

Les réponses du ministre, sa parfaite sincérité, son évidente bonne volonté ont butté contre l’amère réalité, celui de l’impuissance gouvernementale à trouver une réponse à une question qui remonte à la préhistoire de l’immigration.

Là n’est pas le plus important pourtant : le CMQ , en invitant des personnages-clés de la vie politique fédérale, provinciale et municipale, a rapproché les administrés de l’administration. Ce n’est pas rien, c’est même beaucoup.

Louise Harel, qui brigue la mairie de Montréal, a succédé à Jason Kenney. D’une voix tranquille, paisible, elle a dit des choses simples et sans fioritures. En tant que députée, elle a eu l’occasion de prendre connaissance de cette question. Si elle devenait mairesse de Montréal, évidemment, elle agirait. Vingt pour cent de la population de la métropole sont des immigrants qui constituent une richesse pour la société d’accueil. Le problème de l’emploi, pour épineux qu’il soit, n’est pas un dilemme. Et les immigrants, de plus en plus, s’organisent pour faire valoir leurs droits. Le CMQ, en initiant ce débat, fait la démonstration que la communauté peut s’organiser. Reste à espérer qu’il dispose des moyens de sa politique.



Mustapha Chelfi
Mise en ligne :30/08/2009



 
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