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Septembre 2006

Le Liban dans le rétroviseur

À quelle stratégie la destruction du Liban obéit-elle?

Extrait du point de presse de Condoleeza Rice, chef du département d’état américain, le 21 juillet dernier : « Je ne vois pas l’intérêt de la diplomatie si c’est pour revenir au status quo ante entre Israël et le Liban… Ce que nous voyons ici… c’est le commencement, les contractions de la naissance d’un nouveau Moyen-Orient et quoique nous fassions, nous devons être certains que nous (…) ne retournerons pas à l’ancien ». Cela a au moins le mérite d’être clair, net et précis.

Rien à voir donc avec le soldat israélien pris par les palestiniens et encore moins ceux se trouvant aux mains du Hizbollah libanais. Ils ne sont que le prétexte à peine attendu (pour ne pas dire provoqué, comme bon nombre veulent croire à présent) par Washington et Tel-Aviv pour lancer une vaste opération de remodelage politique de la région, et pourquoi pas géographique tant qu’on y est. Ne nous y trompons pas, nous ne sommes pas entre enfants de chœur. La raison d’état est plus que jamais mise en avant et le nombre de victimes libanaises est loin d’être un critère valable sur cet échiquier. En fait, il semble que ce dont il s’agit ici, ne soit ni plus ni moins que la mise en pratique de la théorie du « chaos constructeur » du philosophe Léo Strauss et de ses adeptes, plus connus sous le vocable de « néo-conservateurs ». En un mot comme en cent, cette théorie affirme que la stabilité du pouvoir ne peut survenir que de la destruction de toute forme de résistance. Je dois vous rappeler que nous sommes dans ce qui est appelé la plus grande démocratie au monde, les États-unis d’Amérique pour ne pas les nommer.
Démanteler le Liban ne date pas d’hier dans la vision américano-sioniste du monde. Déjà en 1957, David Ben Gourion voulait y créer un mini-état chrétien et en annexer une partie. Une idée insérée par la suite dans un vaste projet de prise en main du Proche-Orient rédigé en 1996 par l’IASPS (Institute for Advanced Strategic and Political Studies, groupe de réflexion crée en 1984 à Jérusalem) et remis à Benjamin Netanyahu, un autre faucon dont on se rappelle l’intransigeance envers les palestiniens notamment. Juste pour la petite histoire, soulignons ici que ce courant idéologique remonte à Zeev Vladimir Jabotinsky, leader de l'aile droite du mouvement sioniste et fondateur durant la Première Guerre Mondiale, de la Légion juive (devant déjà à l’époque, « libérer la Palestine pour y installer un état juif sur les deux rives du fleuve Jourdain, intégrant aussi l'actuelle Jordanie). Le propre père de Netanyahu en était le secrétaire et Ehud Olmert, l’actuel premier ministre israélien, appartient à ce même courant. Donc, ce projet de 1996 « Une rupture propre: une nouvelle stratégie pour sécuriser le royaume (d’Israël) » dont on peut trouver une version abrégée sur le site de l’IASPS, prévoyait entre autres, l’élimination de Yasser Arafat, le renversement de Saddam Hussein pour déstabiliser en chaîne la Syrie et le Liban, le démantèlement de l’Irak en y créant ensuite un état palestinien…
Sur le plan géo-stratégique, nous sommes en plein milieu de ce que Zbignew Brezinsky, ancien conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter, appelait « l’arc de crise » allant du golfe de Guinée à la mer Caspienne, zone riche en hydrocarbures et dont le contrôle suppose une redéfinition des frontières, des états et des régimes politiques, un remodelage du Grand Moyen-Orient selon l’expression de l’actuel maître de la Maison Blanche. Georges W. Bush et ses alliés sionistes s’y emploient depuis cinq ans, continuant le travail de Bush père qui rappelons le nous, lors de la guerre du Golfe de 1991, parlait déjà de nouvel ordre mondial. Le bila est assez éloquent : la Palestine est à genoux ; la Syrie, malgré tout ce qu’on peut en dire, seule force stabilisatrice du Liban pendant des années, a été expulsée et le Hizbollah enjoint à déposer les armes ; l’économie libanaise est aujourd’hui, à reconstruire de fond en comble et les réfugiés se décompte par centaines de milliers ; en Irak, la dictature de Saddam Hussein est remplacée par 3000 morts par mois et un éclatement probable en trois entités distinctes… diviser pour régner, c’est la loi mathématique qui sévit maintenant dans la région. Même Chirac le président français qui voulait intervenir dans la région en envoyant son premier ministre au Liban, s’est fait dire par W. Bush lors du sommet du G8 à Saint-Pétersbourg, qu’ « il ne s’agissait pas d’une opération israélienne approuvée par les Etats-Unis, mais d’une opération états-unienne exécutée par Israël ». Et en effet, cette razzia sioniste sur le Liban a été discutée à Washington il y a plus d’un an comme l’a révélé le San Fransisco Chronicle du 21 juillet. Netanyahu en a également longuement parlé les 17 et 18 juin derniers, lors du Forum mondial organisé par l’American Enterprise Institute à Beaver Creek, avec le vice-président Dick Cheney et Nathan Charansky, vice-premier ministre israelien.
Dernière petite chose à souligner encore: les opérations au Liban sont supervisées coté américain par le général Bantz Craddock, spécialiste des mouvements blindés et commandant du South Command. C’est l’homme de confiance de Donald Rumsfeld, sous l’égide de qui il a développé le camp de Guantanamo. En novembre prochain, il devrait être nommé commandant de l’OTAN et à ce titre il pourrait être à la tête d’une éventuelle force d’interposition au Sud-Liban, une fois que les soldats de Tsahal se soient décidés à se retirer.
Alors ? Chaos constructeur ? Pour ceux qui le subissent c’est le chaos oui, certainement. Pour ceux qui le planifient, c’est réglé comme du papier à musique, et la grosse cagnotte de l’or noir et de l’ancrage sioniste dans toute la région sont à la clé… de sol...



Nour-Eddine Tahmi
Mise en ligne :01/09/2006



 
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