
Le 25 juin dernier, la capture d’un caporal des forces israéliennes, Gilan Shalit, par un commando palestinien le long de la frontière séparant Israël de la bande de Gaza allait – de part l’ampleur de la réponse israélienne, et l’implication du Hezbollah libanais qui, trois semaines plus tard, enlevait à son tour deux soldats israéliens dans le sud –Liban – être le catalyseur d’un conflit de grande envergure opposant Israël aux factions armées palestiniennes et aux militants du Hezbollah libanais.
D’emblée, de part l’ambition même des objectifs affichés – libération inconditionnelle des soldats capturés et désarmement et démantèlement du Hezbollah – l’Etat hébreux met en place les conditions d’un enlisement que viennent sceller les « bavures » militaires de son armée – on se rappelle en autre du bombardement d’un poste d’observation de l’ONU et celui d’un immeuble abritant des réfugiés libanais à Cana – et les coups d’éclat de la résistance libanaise. Dans un tel contexte, l’enjeu devient politique : sur le plan tactique, « les deux camps sont quasiment à égalité » affirme Robert Lowe, spécialiste britannique du Moyen-orient ; « sur le plan de la perception publique, c’est une défaite écrasante pour Israël » continue-t-il. Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, ne s’y trompait pas et son discours semblait vouloir souligner la valeur historique du moment lorsque, le 29 juillet, il demandait aux Libanais « quand, […] tout au long du conflit arabo-israélien, deux millions d’Israéliens ont-ils été obligés de se déplacer ou de rester dans des abris pour une période de 18 jours ou plus? »
Aussi, lorsque le 2 août, Ehud Olmert, le premier ministre israélien, déclarait que « l’infrastructure du Hezbollah a été entièrement détruite » et que, dans la même journée, 230 roquettes s’abattaient jusqu’à 70 kilomètres à l’intérieur du territoire israélien, une partie de l’opinion israélienne, pourtant unanime dans son soutien à l’offensive au Liban, s’interrogeait sur la réalité de la situation militaire. Alors que sur le terrain, la capacité de combat des hommes du Hezbollah surprend les militaires israéliens – les blessés que l’on ramène du front les décrivent comme étant « lourdement armés, bien organisés et extraordinairement furtifs » -- tout porte à croire que la réalité de la guerre sera avant tout celle de son bilan effroyable pour les populations civiles libanaises, palestiniennes, et israéliennes. Mais peut-être ce conflit se singularisera-t-il aussi en ce sens qu’il aura introduit le doute quant à la capacité de l’armée israélienne – dont l’aura d’invincibilité a constitué un pilier de la politique nationale et étrangère de l’Etat hébreux depuis sa création en 1948 – à constituer, chaque fois, la solution ultime mais définitive aux problèmes d’Israël.
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