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Septembre 2006

La paix au Liban

Le cessez-le feu a été signé. Une fois la poussière retombée, les décombres déblayés, les morts enterrés, il restera dans la conscience collective, un phénomène qui marque un tournant : l’invincibilité de Tsahal a vécue devant la résistance acharnée du Hizbollah

La paix au Liban
Manifestation pour la paix au Liban organisée le 06 août 2006 à Montréal. De gauche à droite : Lamine Foura, Belgacem Rahmani, Rachid Boudjarane, Ali Temam.

Le Liban est un petit pays qui pourrait n’aspirer qu’au bonheur si on le lui permettait. La mer, la montagne, les paysages y sont paradisiaques. Pont entre l’Orient et l’Occident, le Liban fut longtemps un exemple fantasmatique pour le monde arabe. C’était oublié que le Liban est un pays fragile, complexe, convoité; une mosaïque riche et colorée mais mal cimentée. Musulmans et chrétiens cohabitent et se partagent le pouvoir : le président est maronite, le premier ministre sunnite et le président du Parlement, composé pour moitié de chrétiens et pour moitié de musulmans, chiite.
Pour ajouter à la difficulté de la chose, Israël, ouvertement, la Syrie, insidieusement, l’ont longtemps occupé. Ses élites, après la guerre civile de 1975, l’ont fui, se dispersant partout dans le monde, reconstruisant leur pays ailleurs. La guerre civile a laissé des traces puis, à son tour, l’occupation israélienne : «Hezbollah …est la conséquence de l'invasion israélienne au Liban en 1982» disait déjà Hassan Nasrallah.. Paralysé par les rivalités politiques, amoindri par les antagonismes religieux, pagayant à contre-courant dans un contexte politique tumultueux, le Liban, pris dans les remous d’intérêts extra-nationaux, paye chèrement ses particularités. En 1948, après la création d’Israël, des centaines de milliers de Palestiniens se sont réfugiés dans un pays qui leur était un continuum naturel, culturel et historique. Puis, une guerre en entraînant une autre, le Liban s’est trouvé pris dans un cycle de violences et de brutalités duquel il n’émerge que pour mieux y replonger.
Aujourd’hui, le Liban et le Hizbollah forment un couple qui devra s’arranger l’un avec l’autre. Le Hizbollah a résisté à Israël, là où des armées arabes ont été défaites dans des guerres-éclair tragi-comiques. Mais si le gouvernement libanais abandonne son autorité aux mains du Hizbollah, il est fort à craindre, qu’à nouveau, à la première occasion, la guerre fasse flamber la région. La Syrie, qui n’a toujours pas récupéré le Golan, serait tenté de souffler sur le feu. Téhéran, qui voudrait remodeler le visage d’un Moyen-Orient débarrassé de l’influence américaine et de l’État d’Israël, insupportable à son président, pourrait pratiquer la politique du pire. Sans oublier, le marasme irakien, l’imbroglio afghan et, par-dessus tout, les énormes gisements pétroliers des alliés de Washington, Arabie Saoudite et Koweït qui pèsent lourds dans les plans des stratèges du Pentagone. Fouad Signora, Premier ministre, a posé crûment les termes de l’équation : «Si nous échouons à exercer nos prérogatives, nous risquons de voir notre pays redevenir le théâtre de conflits régionaux et internationaux ». Pour que le Liban ait encore un avenir, il faudrait que la solution politique prévale sur l’option du tout-militaire : Israël, la Palestine, le Liban, la Syrie ont intérêt à trouver des accommodements raisonnables afin que chacun occupe sa terre et laisse les autres jouir en paix de la leur. C’est dans ce sens que plaidait Edward Saïd, intellectuel palestinien de haut vol exilé aux États-Unis et conscience aiguë du drame vécu par son peuple : «Que faire des Palestiniens d'Israël ? Et des juifs qui vivent dans les colonies ? On ne va pas déplacer tous ces gens. Alors je me dis : nous sommes déjà mélangés ; pourquoi ne pas en profiter pour fonder le premier État laïque du Proche-Orient ?», expliquait-il en 1999 à un journaliste français. Trois ans plus tard cependant, il décidait de laisser du temps au temps : «Si l'État laïque multiethnique reste la meilleure solution, (...) sans doute faudra-t-il une étape transitoire, avec deux États côte à côte».
La paix au Liban? Bien sûr. Mais pour cela poser correctement les prémisses du problème afin d’en dégager une solution acceptable pour les différentes parties. Sinon, il faudrait craindre que la guerre, à nouveau, ne réveille ses canons et écrase encore le Liban sous ses obus.



M.C
Mise en ligne :01/09/2006



 
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