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Septembre 2006

Les Musulmans sous pression

Des attentats du 11 septembre 2001 au complot déjoué à Londres en 2006, l’attention se focalise sur les musulmans ulcérés d’être continuellement montrés du doigt

Les Musulmans sous pression
Après que la GRC ait déjoué la tentative de complot présumé contre le Premier Ministre Stephen Harper en juin dernier, les mesures de sécurité ont été renforcées autour du Parlement à Ottawa

Le 29 avril 2005, Benoît Dutrizac a été mis à la porte de Télé-Québec. Les connaisseurs se demandent si les déclarations de Benoît Dutrizac, dans l’émission Les Francs Tireurs n’ont pas précipité son départ? Le 2 février, il y déclarait que l’islam est une « religion stupide». La réaction du Conseil islamique canadien (CIC) a été immédiate. Une plainte est déposée devant le Conseil de presse. Les propos de Benoît Dutrizac entretiennent, selon le CIC « les préjugés envers la religion musulmane et tendent à soulever le mépris, voire la haine, et à heurter la dignité des musulmans». Dans sa décision, le Conseil de Presse évoque le contexte de l’émission où était invitée la sulfureuse Irshad Manji, l’auteure de The Trouble with Islam Today, dont le titre a été traduit en français d’une façon édulcorée, Musulmane mais libre. À un certain moment, le débat roule sur le jeûne : Benoît Dutrizac s’interroge sur la pratique du ramadan par des musulmans et musulmanes, à peine âgés d’une dizaine d’années, encore enfants : « Quel âge? Demande-t-il à Irshad Manji. Cette dernière répond : « Pour les filles, neuf ans». Benoit Dutrizac s’exclame par deux fois : « Quelle stupide religion». Le Conseil a estimé que Benoît Dutrizac «est resté dans les limites acceptables pour le type d’émission en cause».
Dans Ondes de choc (25 novembre 2004), Richard Martineau, chroniqueur au Voir, à propos d’une jeune Iranienne de 13 ans violée par son frère de 15 ans et condamnée à mort, s’indigne du manque de réaction des femmes voilées : «Et qu'est-ce qu'on fait, nous, pendant ce temps? On se fend en quatre pour les accommoder. Vous voulez que le centre sportif de votre quartier ferme ses portes aux hommes afin que vous puissiez vous baigner à l'abri des regards masculins pendant une heure, trois fois par semaine, comme le veut votre religion? Pas de problème, mesdames!»
Isabelle Maréchal, dans une émission télévisée, se demandait si les « communautés culturelles n’ont pas trop de droits».
Pour ce qui concerne les musulmans, l’affaire se complique d’autres paramètres : les attentats du 11 septembre 2001, le complot déjoué contre les avions entre l’Angleterre et les États-unis en août 2006, bien qu’ils soient le fait de « groupuscules », ont connoté négativement une communauté dont l’immense majorité aspire à vivre en paix. Une communauté qui se retrouve pointée du doigt chaque fois qu’un attentat est planifié ou exécuté.
La réaction des musulmans aux caricatures du Prophète de l’Islam a été disproportionnée et mal gérée. Des débordements se sont traduits par morts d’hommes, de nombreux incendies d’immeubles ainsi que par l’ exploitation d’un sentiment populaire spontané livré à la rue sans volonté de contrôler des dépassements violents et meurtriers.
Au lendemain de la découverte à Toronto d’un complot terroriste, au début du mois de juin dernier, Salam Elmenyawi, le président du Conseil des Musulmans de Montréal a eu ce cri du cœur devant une journaliste : « La communauté est sous le choc : nous ne pouvons pas le croire. Après avoir constaté tous les dommages que de telles actions (terroristes) ont causé à la communauté musulmane – la douleur, les condamnations, les préjudices que nous avons subis – nous avons peine à croire qu'un musulman puisse encore agir de la sorte». Samir Aoun, professeur à l’université de Sherbrooke, est allé droit à l’essentiel : « Cela montre que ce système n'est pas étanche à un principe de base qui est celui de la loyauté à la citoyenneté, le non-recours à la violence pour régler les différends. C'est une brèche très importante dans le pacte social canadien parce que nous avons une entente, tacite ou déclarée, que la violence ne règle pas nos différences et nos divergences.»

De leur côté, les Canadiens, qui n’y croyaient pas vraiment, ont découvert que leur pays, comme les États-Unis, pouvait faire l’objet d’attaques.
La carte postale – Canada, terre d’accueil paisible et tolérante où toutes les communautés coexistent dans le respect et la dignité- en est sortie écorniflée.
La crise libanaise des mois de juillet et août, les milliers de citoyens canadiens d’origine libanaise rapatriés au Canada, les déclarations « ahurissantes » de Stephen Harper quant à la réaction « modérée» d’Israël ont fait sentir aux musulmans la précarité de leur citoyenneté. Lors des prochaines élections fédérales, le vote des musulmans pourrait peser lourd dans la balance.



Mustapha Chelfi
Mise en ligne :01/09/2006



 
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