Candidat FLN, Mounir Hamdani a été élu député en mai 2002. La communauté, forte de 40 000 membres, est frustrée. Des revendications récurrentes ne sont pas satisfaites, notamment la liaison aérienne entre Montréal et Alger. Les Algériens ne comprennent pas également pourquoi la télévision algérienne est captée en France et non au Québec. La Maison Algérie, projet fédérateur par excellence, ne voit pas le jour malgré l’intérêt que présente le projet. C’est dans ce contexte que Mounir Hamdani brigue le siège de député.
Bardé de diplômes, trilingue, il se lance dans la députation et découvre l’envers de la médaille : la communauté algérienne, nouvellement installée aux Amériques, n’a pas encore trouvé ses marques. Elle en est encore au stade de satisfaire des besoins élémentaires : trouver du travail, épargner pour retrouver pendant les vacances la famille au pays, acheter une maison. Par ailleurs, les chicanes ne manquent pas. Dans ce contexte, le député ne peut pas se situer plus haut que la ligne de coupe de la communauté. Mounir Hamdani s’explique sur 4 ans de mandat, sur la partie immergée de l’iceberg. La prochaine élection d’un député aura lieu en 2007.Il y a quelques années, Abdelkader Ziari, lors de sa visite à Montréal alors qu’il était ministre délégué en charge de la communauté nationale à l’étranger, s’était demandé si le poste de député à l’étranger se justifiait vraiment.
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 Mounir HamdaniJe constatais que la communauté s’accroissait de plus en plus. Je voulais faire quelque chose, trouver un dénominateur commun, réussir un ancrage. Je jalousais les Italiens, les Grecs. Unis, solidaires. Des immigrations anciennes, certainement. Les Algériens devaient commencer eux aussi. Une communauté instruite, cela ouvre des perspectives.
Mon programme, je les articulé autour de trois points : Air Algérie, Canal Algérie, La Maison Algérie. Je m’étais dit que si je parvenais à réaliser ces objectifs, je me serais senti satisfait de mon mandat.
Vous le savez, la communauté est difficile. Les Algériens sont arrivés au Canada dans les conditions que l’on sait. La plupart ont fui la violence. Beaucoup étaient très bien installés là -bas. Il leur a fallu repartir de zéro. Le deuil de leur pays s’est fait dans la douleur. Ils étaient écorchés. Il fallait trouver le ton juste, régler les problèmes au quotidien. Ce qui éloigne assez du mandat de député. Je me souviens, un jour, d’un appel téléphonique à 23 heures : si tu ne viens pas, je balance ma femme par le balcon.
J’ai essayé de régler un problème que tout le monde connaît : celui des compatriotes qui décèdent et pour le rapatriement desquels il faut faire la quête. J’ai vu avec la CAAR qui a donné son feu vert pour la résolution de ce problème : il fallait qu’un certain nombre d’assurance- décès soit souscrit pour rendre l’opération de rapatriement possible. Jamais ce chiffre n’a été atteint. On continue de quêter en cas de décès. Parfois, cela prend du temps. Toujours trop.
Parfois, on ne fait pas toujours la différence entre le travail d’un député et celui d’un ambassadeur. Cela complique les choses. Certains ne comprennent pas trop mes absences quand je suis parti pour des mois. Je suis le député de la communauté certainement mais mon mandat est national. J’assiste aux législatures de l’Assemblée Nationale, propose et vote les lois. Beaucoup de travail. Mais dans le collectif communautaire, je serai plutôt un bureau de doléances. Si j’avais un bureau. J’aurais pu prendre un petit bureau, quelque chose de minimal. Mais nous sommes au Canada. Un pays où il faut respecter des standards : il faut un bureau décent avec un personnel minimal : une secrétaire par exemple, un assistant ou une assistante. Du temps de Rachid Hadbi, l’ancien consul, il était question d’un bureau à l’étage inférieur de l’actuel bâtiment de la rue Sherbrooke : neuf mois de tractations qui n’ont pas abouti, pour des raisons x, pour des raisons y. Ce qui est navrant, c’est que le OK avait été donné mais les chamboulements politiques en Algérie, durant cette période, ont interféré. Résultat des courses : pas de bureau. Et ça dure.
J’ai posé le problème au niveau de l’Assemblée Nationale à Alger. En définitive, l’octroi d’un bureau relève de la Présidence.
En 2005, j’ai subi un triple pontage. Cela a ralenti mon activité. Mais cela m’a donné des idées. Si j’avais subi cette crise cardiaque en Algérie, j’aurais terminé six pieds sous terre. À Montréal, j’ai eu droit aux meilleurs soins. N’importe quel citoyen, dans des circonstances identiques, les aurait reçus. J’ai culpabilisé en quelque sorte. Pourquoi, à Alger, ne peut-on dispenser des soins d’un niveau similaire? J’ai travaillé dans cette direction : quelques médecins québécois accepteraient d’aller en Algérie à condition que l’équipement au complet soit disponible. Une seule unité existe qui réponde aux normes. Même pas à Alger. À Constantine. J’essaie de faire avancer ce dossier avec le concours de responsables en Algérie.
Quant au dossier Air Algérie, c’est Abdelmalek Sellal, ministre des Transports, en 2003, qui a ouvert le dossier. Avant, il y avait des discussions, des ouïe-dire, des on-dit. C’est Abdelmalek Sellal qui, j’étais dans son bureau, a appelé le directeur général de l’aviation civile pour lui demander d’ouvrir ce dossier.
Avant cette date, il y a eu plein de choses concernant la liaison Alger-Montréal mais aucun dossier formalisé.
À partir de là , il y a eu beaucoup de cafouillage. Les discussions auraient d’abord dû s’ouvrir entre l’Algérie et le Canada, le problème aurait dû d’abord être débattu au niveau des deux pays, entre les autorités concernées. Puis, une fois l’accord de principe obtenu, les discussions auraient été formalisées selon les procédures prévues dans un protocole inter-étatique. Or, cette convention entre l’Algérie et le Canada est en voie, à l’heure où on se parle, de finalisation. Il aurait fallu attendre que la convention soit signé pour passer à l’étape suivante : il est donc évident qu’on a mis la charrue avant les bœufs.
Les techniciens du ministère des Transport algérien sont de haut niveau. Ils connaissent leurs dossiers sur les bouts des doigts. Pourquoi ont-ils été saisis de ce dossier après alors qu’il aurait fallu qu’ils le soient avant? Quand Air Algérie a résolu tous les problèmes, celui des aéronefs par exemple, elle a buté sur un problème de procédure. Bêtement.
L’ambassadeur du Canada, Robert Peck, dans ce dossier précis, a bousculé les usages diplomatiques pour le faire aboutir dans les meilleurs délais. Il a fait gagner un temps fou au dossier, qui a été perdu par la suite. Lui et Youcef Yousfi s’entendaient à merveille. Ils ont abattu un travail considérable pour que la ligne Alger-Montréal voit le jour.
Personne ne sait exactement où en est ce dossier. C’est la partie algérienne qui a fait capoter le dossier par manque de compétence. Que la RAM ou Air France, n’importe quelle compagnie aérienne, défende ses parts de marché, c’est normal. La partie algérienne n’avait qu’à mieux ficeler son dossier. Les gestionnaires de Transport Canada ont été de bonne foi. Les diverses autorisations ont été données. Une faille dans ce dossier a été décelée par quelqu’un et qui l’a exploitée. D’où le report du vol. Je ne suis pas d’accord avec Bennis (le D.G d’Air Algérie) qui a reporté le vol à l’année prochaine. Je crois que la communauté algérienne devrait s’organiser à ce propos, faire du lobbying.
La Maison Algérie est un autre projet qui me tenait à cœur : j’étais très emballé, convaincu de la nécessité du projet. La Maison Algérie n’a pas abouti : il fallait un financement conséquent : 2 à 3 millions de dollars pour commencer. Pour autant, il ne faut pas baisser les bras. On peut commencer plus modestement avec la communauté, réunir 200 à 300 000 dollars puis l’État prendrait le relais.
Quant à Canal Algérie, ce projet était complexe. Aujourd’hui, que le signal satellite est reçu, cela semble l’enfance de l’art. Mais il a fallu obtenir les accords de toutes les parties pour le feu vert : Khalida Messaoudi a fait le maximum ainsi que Abdelmalek Houyou, le directeur général de TDA (Télédiffusion algérienne). Il a fallu que l’Assemblée Nationale agisse à son tour, sensibilise le ministère des Finances, les PTT, ect…pour que Canal Algérie arrive à Montréal. À Alger, on ne se rendait pas bien compte de l’urgence de la chose. Il a fallu un gros travail de sensibilisation. J’ai plaidé ce dossier partout où il avait fallu le plaider : des gens ont compris l’importance de ce dossier, d’autres ont traîné la jambe.
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