 Alger, 5 juillet 1962Cinquante ans, quelque part, c’est toujours un tournant. Le 5 juillet 1962, l’Algérie était dans l’Histoire, aujourd’hui, dans l’actualité. L’Algérie, grippée, se met au lit en plein été. Tout va bien pourtant. Dans les coffres de l’État, bientôt 212 milliards de dollars de réserve de change; de quoi voir venir quatre ans même si le prix du baril de pétrole s’effondrait sans avertir. Dans les rues 25 à 35% de chômeurs. Un système déréglé où l’attribution de logements donne lieu automatiquement à des manifestations. Des policiers sans domicile fixe tapent sur des jeunes sans perspectives d’avenir. Le lendemain, le surlendemain, les jours d’après, réglés comme un ballet, un affrontement succède à un autre. Du temps de Boumediene, c’était la SM. Aujourd’hui, le DRS. Quoi de changé?
Reste une question. L’Algérie passera-t-elle à la démocratie de gré ou de force? Encore debout, l’État n’a que l’apparence de la solidité. Combien faudrait-il de pompiers pour éteindre le feu de tous les immolés qui préfèrent partir en fumée plutôt que de mourir à petit feu? La facture des importations alimentaires a encore grimpé. Selon les chiffres provisoires du Centre national de l’informatique et des statistiques des Douanes (CNIS), les onze premiers mois de 2011 ont enregistré 42,63 milliards de dollars de produits importés contre 36,49 au cours de la même période en 2010, soit une hausse de 16,83%. Fin 2011, la facture avait atteint 43 milliards de dollars. Dans une fuite en avant qui dure depuis cinquante ans, l’Algérie a changé cinq fois de Constitution, passant du socialisme, option irréversible, au renard libre dans le poulailler libre.
Le gouvernement agit par hausses de salaires interposées pour éviter de se colleter avec les groupes sociaux; les corps constitués; les étudiants déprimés. Policiers, fonctionnaires, retraités, tout le monde a été augmenté. L’inflation a vite fait de rattraper ces largesses payées en dinars dévalués. La réalité des chiffres démontrent que rien n’a vraiment changé : il faut 2 jours et quart au smicard algérien pour se payer quelques tranches de bifteck contre deux heures de travail au travailleur canadien pour se payer de l’Angus triple A. Le reste à l’avenant : un couple de 25 ans avec un enfant, a calculé qu’il lui faudrait cinquante ans pour se payer un deux-pièces déjà trop petit si jamais la famille s’agrandissait.
Devant un avenir sans visibilité, des citoyens éreintés s’essaient l’immigration en se disant qu’il vaut mieux geler au Canada plutôt que de griller en Algérie. Les nomenklaturistes tiennent prêtes leurs valises, au cas où. Sait-on jamais. Les Algériens sont si prompts à s’enflammer.
|